Shënya

Bordel ! J’ai le trésor du roi des mers ! Je regarde le pendentif que Komoro a mis autour de mon cou. Il est magnifique mais… Coroka ne m’a-t-elle pas défendue de le toucher ? Il ne se passe rien en plus et sur le livre il était écrit que je ne devais pas le faire apparaître la nuit. Pourtant cela fait un mois que je l’ai trouvé et il ne met rien arriver. Je remarque qu’au contact de ma peau, le diamant brille de milles feus. Une petite lumière rouge émane du trésor alors que tout à l’heure, quand on montait, c’était bleu. J’ai peut-être mal vu.

Nous sommes sur le toit plat du bâtiment de torture. Moi et Kînrò. L’atmosphère est tendue et il se tient de moi. Il est assis en tailleur, la tête dans les mains. Il a l’air pensif, j’aimerais savoir ce qu’il pense. Moi je suis allongée, sur le dos et je regarde les nuages. Je souris quand j’en vois un de la forme d’un chat. Tout à coup j’entends un grand cri. Je m’assois brusquemment pour voir d’où cela vient. Je vois Kînrò mort de rire. Ce n’est pas malin ! Ce n’est pas le moment de se faire repérer !

« Mais tais-toi ! Tu veux qu’on se fasse tuer ?!

- Non ! Mais ça valait le coup ! T’aurais vu ta tête ! dit-il en riant de plus belle »

Quel crétin ! Comment je peux le supporter ? J’essais de me calmer comme je peux pour qu’on ne se batte pas une énième fois quand je sens Komoro arrivé. Il a vraiment une odeur infecte ! Il me sourit en me voyant et Prisca arrive juste après. Comment a-t-elle pu rester près de lui si longtemps avec une odeur pareille ?! Je remarque que le diamant se met à changer de couleur. Vert cette fois-ci. Prisca le remarque et parait déçue. Je me lève et m’approche d’elle, ce qui ne lui plait pas apparemment. Elle fait quelques pas en arrière. J’aperçois une petite blessure près de son œil droit. Je pose mon diamant sur son front et la blessure disparaît très vite après l’apparition des étranges papillons bleus.

« Tu as pu récupérer tes armes facilement ?

- Oui.

- Tu vas bien ?

- Oui.

- Je te trouve moins bavarde que tout à l’heure.

- Oui. »

Enervée, je laisse tomber. Il me semble voir une mimique de dégoûtée sur son visage quand j’ai remis le pendentif autour de mon cou. Elle le voulait peut-être ? Eh bien désolée, mais il est à moi !

Un vent frais emmène jusqu’à moi une délicieuse odeur de souris. Miam ! Je renifle l’air, heureuse de sentir cette si bonne odeur mais frustrée de ne pas pouvoir y goûter… Je m’avance lentement sur le toit, suivant l’odeur en fermant les yeux mais soudain, une grosse patte visqueuse et extrêmement puante me colle à la bouche. C’est tellement dégoûtant que j’en ai envi de vomir ! Je repousse violemment la main et fusille du regard Komoro.

« C’est un piège. Mes collègues lance cette odeur que vous, Nekhò, peuvent sentir jusqu’à votre village. Ils vous attirent pour tous vous tuer. »

Alors c’était pour ça que l’homme guépard courrait vers la forêt si précipitamment ? Mais pourquoi moi je n’ai pas sentie cette odeur au village ? Je vois mon ami mettre un masque sur sa bouche et son nez et Komoro m’en donne un aussi.

« Ils attirent une personne à chaque fois car s’ils en attiraient trop d’un coup, votre espèce serait capable de se défendre puis de s’enfuir. Ajoute-il comme s’il avait lu dans mes pensées.

- Mais pourquoi font-ils ça ?!

- Avant de les tuer, mes collègues posent de nombreuses questions aux Nekhò et puisque aucuns ne répondent, ils les torturent jusqu’à se qu’ils avouent. Mais ils ne disent jamais rien et meurent dans d’atroces souffrances. »

Prisca s’éloigne de nous tant dis que Kînrò s’approchent, pensif.

« Pourquoi vous voulez nous tirez des informations sur Folklore ? On ne sait même pas ce que c’est et à quoi ça ressemble ! »

Il me semble avoir vu Prisca hoqueter de surprise à la question de mon ami mais je n’y prête pas attention.

« Tout simplement parce qu’on pense qu’un jour une Eldaryenne, habitante de folklore, viendra chez vous pour vous donnez le secret de leur puissance. On voudrait nous aussi, profiter de se savoir. »

Prisca se mit tout à coup à rire bruyamment.

« Bande d’imbéciles. Dit-elle avant de partir en s’envolant avec ses grandes ailes blanches vers notre sortie. »

On la tous regarde partir sans comprendre son rire et son départ brutal.

« J’y crois pas ! Elle ne m’a même pas remercié alors que je lui ai sauvé la vie ! Lançais-je, furieuse.

- Nom de Dieu c’est une Eldaryenne ! Crie Komoro qui commence à courir après elle. Attrapez là !! »

Je n’ai même pas le temps de dire quoi que ce soit que le géant a déjà lancé l’alerte. Une centaine de monstres sortent du bâtiment et court après Prisca. Je regarde Kînrò qui me regarde également, affolé. On pense la même chose et on se transforme très vite pour courir après ces bêtes répugnantes. Le fait qu’ils soient tous là, dégage une odeur vraiment atroce mais grâce à mon masque, je le sens moins c’est supportable. Il ne faut pas qu’ils l’attrapent. Prisca a peut-être été malpolie mais elle ne mérite pas d’être torturé jusqu’à la mort. Elle ne donnera jamais des informations sur son peuple, c’est sûr et certain. Nous ne savons pas comment nous ferons pour arrêter ces monstres géants mais nous les suivons. Je lève la tête et aperçois Prisca, au loin. Elle vole très haut et va très vite, je ne sais pas si les Krapiens vont réussir à la rattraper. Tout à coup, mon pendentif se met à briller tellement fort que je n’arrive même plus à ouvrir les yeux. Ceux-ci fermé, je ne vois pas le petit trou dans lequel ma grosse patte de puma se met et se tord. Je tombe violemment sur le sol mais avec mon élan, je me traîne une bonne vingtaine de mètre plus loin. Je me suis brisée le poignet gauche, bordel ça fait mal ! Je me mets difficilement sur mes deux jambes, un peu sonnée, et titube jusqu’à mon ami qui s’est retransformé lui aussi. Je trébuche et espère que Kînrò va me rattraper mais se n’est pas le cas. Je tombe lourdement une fois de plus sur le sol.

« Aïe… »

Je me mets sur les coudes et demande à mon tigrou de m’aider à me relever. A la place, je vois une grande épée se plantée juste à coté de ma tête.

« Ah ! »

Je regarde très surprise Kînrò essayant de la déterrer. Mais qu’est-ce qu’il fout ?! Il lève l’épée au dessus de sa tête et cris de toute ses forces en approchant dangereuse l’épée dans ma tête. Je roule sur le coté et l’évite de justesse.

« Putain, qu’est-ce que te prends Kînrò ?!! »

Il reprend son épée et la pointe vers moi. Son regard noir et étrange me fixe. Je ne l’ai jamais vu comme ça ! On dirait qu’il est possédé, qu’est-ce qu’il se passe ?! Après quelques petites secondes, il court vers moi, l’épée devant lui. Au dernier moment je m’écarte et lui donne un grand coup de pied dans le dos. Il tombe et je lui saute sur la tête. Désolée Kînrò mais je n’ai pas le choix… Il est assommé, je n’ai que quelques minutes. Je pose le diamant en forme de losange sur mon bras et mon poignet se replace puis je me transforme. Je n’aurais pas pu courir très vite avec trois pattes. Je me dirige vers la forêt aussi vite que je peux. Avec un peu de chance, il n’arrivera pas à me rattraper. Je ne sais pas ce qu’il lui a prit, il était vraiment bizarre et quand il a crié, je jure que ce n’était pas sa voix habituelle ! Puis en y repensant, d’où vient cette épée ?! Peut-être que Prisca lui en a donné une mais pourquoi ?! Peut-être voulait-elle qu’on se défende si les Krakars venaient à se jeter sur nous ? D’ailleurs j’espère qu’elle va bien. Mais ce n’est pas le moment de penser ça. Je dois me cacher, je dois le semer ! Il est devenu fou, possédé par quelque chose ou quelqu’un qui m’en veut ! J’arrive au niveau du centre de torture et le contourne à toute vitesse par la droite. Normalement il n’y a plus personne, je ne suis pas en danger. A part que j’ai mon ami qui veut me tuer !! Je saute par-dessus la rivière et continue ma course à travers les bois. Avec un peu de chance, je retrouverais le village si je vais tout droit. Je sens les larmes me monter aux yeux. Est-ce fini de notre amitié ? Est-il définitivement perdu ? Je me secoue la tête et court de plus belle. La forêt sombre ne me fait plus peur maintenant même si elle devient un mur de béton, auquel je pourrais m’exploser la tête, avec ma course folle. Je m’étonne moi-même que je vais aussi vite. Un geste de travers et ma vie est fini. Mais si je m’arrête elle est finie aussi. C’est pourquoi j’accélère encore ce qui m’étonne encore car je ne suis pas à bout de force, je pourrais encore accélérer sans être essoufflée une seule fois. Ce que je fis. Les arbres défilent à une vitesse tellement impressionnante que j’ai l’impression qu’il n’y en a qu’un seul. Tout à coup je vois de la lumière, est-ce le village ? Ai-je réussi ?! Je ralentis jusqu’à marcher. Je sors de la forêt juste à l’endroit où il y a les gardes. Du haut de leur deux mètres, ils me dominent. Montrant les dents, griffes me menaçant, un grondement animal se fait entendre dans leur gorge. Ils sont vraiment terrifiants quand ils sont transformés… Leur corps tout entier est noir.  Ils ont une grande crinière de lion, noire elle aussi, qui se continue le long du dos et jusqu’au bout de leur longue queue épaisse et dur qui pourrait m’assommer. Leurs énormes muscles pourraient les emmener à courir beaucoup plus vite que moi. Je n’aurais absolument aucune chance contre eux. Leurs grands yeux jaunes me regardent méchamment et leurs oreilles sont baissés, signe de colère. Le sol s’affaisse légèrement sous leurs pattes quand ils marchent. Je me retransforme très vite pour qu’ils voient que ce n’est que moi. Sauf que j’ai oublié le nouveau. Il ne se contrôle pas, lui. Il me saute à la gorge juste au moment où je remarque sa présence. Pour me protéger, je mets mes bras devant mon visage ce qui est ridicule. Il me fait tomber et tente de m’arracher le bras droit. Je lui donne un énorme coup de pied dans le ventre mais il ne bouge pas d’un pouce. Je me suis d’ailleurs fait très mal au pied quand j’ai frappé sur la dureté de sa peau. Il me mord le bras tellement fort que ses longues dents pointues me le traverse. Je retiens un hurlement et tente de le dégager avant qu’il n’arrache mon bras. Tout à coup il s’arrête, ou plutôt on l’arrête. Les gardes, redevenus normaux, tirent sur le fou qui enlève doucement ses dents de mon bras en piteux état. Je le soigne très vite grâce aux milliers de petits papillons qui parcourent ma peau.

« Désolée petite, on pensait que c’était quelqu’un d’autres. »

Je ne réponds rien, énervée qu’ils se soient trompés.

« Comment tu as pu sortir de la forêt ?! Où est ton ami ? Où est Churk ? »

Churk ? L’homme guépard ? Je réfléchis quelques instants puis réponds :

« Kînrò ne peut pas revenir et Churk est… »

Je m’arrête. Je ne peux pas dire qu’il est mort car il ne l’est pas.

« Irrécupérable. Dis-je simplement. »

J’essais de croire ce que j’ai dis : Que Kînrò ne peut pas revenir. Je sais qu’il reviendra, je sais qu’il viendra me chercher pour me tuer… C’est pourquoi je ne réponds pas à la première question des gardes et me dirige vers ma maison, espérant retrouver mes petits protégés. Toute excitée à l’idée de les revoir, j’en oublis presque la présence de mon trésor autour du cou quand je croise Coroka. Je le cache très vite sous mes vêtements et la salue gentiment, comme si de rien n’était. J’ouvre la porte de ma maison qui m’a fortement manqué. Je monte dans la chambre de mes « enfants » et découvrent avec horreur que Kînrò est là.

« Tu ne pensais quand même pas que tu allais t’en sortir si facilement ? »

Il me fait si peur ! Sa voix n’est plus du tout la même, celle-ci est plus sombre et inquiétante… Ses yeux sont dénués de pupilles, ses mains ne comptent maintenant plus que trois doigts et ses oreilles et sa queue ont disparues. Ce n’est pas lui, ce n’est plus lui ! Je suis terrifié quand je vois qu’il mange quelque chose qui m’est familier. C’est avec horreur que je découvre qu’il mange un petit loup et un petit chien embroché ! Je porte ma main à ma bouche, horrifiée, dégoûtée, choquée mais très énervée. Je m’approche doucement de lui. Je suis consciente que c’est dangereux, surtout qu’il a une énorme épée dans son autre main mais j’avance quand même. Lentement. J’arrive à son niveau, tête baissée et très en colère. Une bouffée de rage m’envahit. J’ai envie de le tuer ! Je prends le vase à ma droite et, d’un coup, je le lance de toutes mes forces sur la tête de Kînrò qui ne bronche pas. Il rit.

« Ne t’inquiète pas ma princesses, je reviendrais. »

Il me prend la tête et pose un léger baiser sur mon front. Surprise, je ne bouge plus.

« Je reviendrais pour te tuer. »

Il saute par la fenêtre. Je me secoue la tête et court à la fenêtre. Je ne le vois déjà plus… Je me tourne et constate qu’il a pris mes deux petits protégés. Qu’il les a mangé… Je me laisse glissé le long du mur et rapproche mes genoux de ma tête. Je fonds en larmes… Aujourd’hui j’ai perdu un ami et deux de mes « enfants ». Je suis terriblement triste… La tête sur mes genoux, je pleure sans m’arrêter. J’ai tout perdu, tout…

« Ma…man ? »

Je relève la tête, étonnée. Je souris. Non, je n’ai pas tout perdu.

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Commentaires (1)

1. Prisca 03/09/2009

j'adore ! <3
surtout la p'tite réplique de Kinro à la fin ^^ :P

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