Rencontre

Surprise et affolée, je dégage la chose de mon visage. Je la jette à terre et saute dessus pour la tuer. Ce qui reste sans effets. La chose s’attaque à mon pied et essaye de le mordre. J’hurle de toutes mes forces, cette bête est affreuse ! Je lui donne des coups de pieds pour qu’elle me lâche mais elle tient bon. Elle tire mon pied ce qui me fait tomber à la renverse. Fatiguée, je ne lui donne plus de coup de pied mais cherche désespérément quelque chose pour la frapper. Je tombe sur un grand bâton et la frappe de toutes mes forces. Cette chose à six bras est un peu assommée mais continue à essayer de me mordre, ce qu’elle ne réussit pas. Ma peau doit être trop dur pour elle. Je remarque que Kînrò vient de s’endormir, le bougre !! Il pourrait m’aider ! Je suis quand même en train de me faire bouffer nom de dieu ! Tout d’un coup la chose se raidit et pousse un cri. Elle relâche ses six membres de ma jambe et tombe à coté de celle-ci. Mon pouls, affolé, commence à se calmer en voyant une flèche dans le dos de la bête qui confirme sa mort. Je cherche autour de moi qui aurais pu lancer cette flèche en vain. Je ne vois personne dans ces bois. Pourtant, quelqu’un l’a bien lancée, cette flèche. Je me lève et titube un peu.

« Il y a quelqu’un ? »

Ma voix n’a pas été aussi sûre que je voulais en remarquant quelques trémolos dans celle-ci qui montre ma peur. Après tout, la personne a peut-être voulue me tuer, et pas cette bête. Un lourd silence s’était installé dans cette forêt et on pouvait presque entendre les battements de mon cœur affolé de nouveau. Kînrò dormait toujours, comme un gros bébé. Rien ne pourrait le réveiller. Je ne suis pas du tout rassurée et j’ai tellement peur que je n’arrive même pas à me transformer. Tout à coup, j’entends des pas plus loin. Je me retourne brusquement et je pousse un cri de surprise en voyant une jolie jeune fille dans mes âges. Qui l’aurait cru ? Elle me regarde en fronçant des sourcils. Je remarque une grande cicatrice sur son œil gauche un peu caché par une mèche de ses longs cheveux blancs qui descendent jusqu’à sa taille. Sa peau est blanche comme de la neige, à croire qu’elle n’a plus de sang qui passe dans ses veines pour rosir sa peau. Elle tourne autour de moi, cherchant quelque chose. Elle me regarde toujours aussi méchamment, méfiante, avec ses yeux aux reflets dorés. J’aperçois un grand arc dans son dos avec quelques flèches puis deux grandes épées qu’elle tient dans ses mains, prête à réagir en cas d’attaque de ma part. Ce qui n’arrivera pas car je suis terrifiée. Je n’ai aucune arme pour me défendre, elle pourrait me tuer d’un instant à l’autre, quand ça lui chanterait. Je ne bouge pas d’un poil, attendant qu’elle finisse son petit tour. En regardant ma main pleine de sang sec, je comprends qu’elle se méfie de moi. Elle croit peut-être que je suis un monstre sanguinaire ? Alors que ce sang est tout simplement le mien. Je ne suis vraiment pas présentable et je pourrais faire peur à n’importe qui avec cette allure. Voyant que je ne suis pas dangereuse, la fille étrange range ses deux longues épées et s’approche de Kînrò, toujours en gardant un œil sur moi. C’est au moment où elle regarde bizarrement les oreilles de mon ami que je remarque que cette fille n’est pas une Nekhò. Elle n’a pas de sang félin dans ses veines et n’a peut-être mais pas de sang du tout ce qui m’étonnerait. Mais après réflexion, avoir vu une chose à six bras, qu’elle n’a pas de sang ne m’étonnerait pas. La jeune fille s’étonne de trouver des oreilles et une queue de tigre sur le corps de Kînrò. Elle tire dessus, croyant que c’est des fausses, les tord, les mord ce qui ne dérange pas du tout mon ami qui dort toujours profondément. Puis elle commence à le fouiller. Elle tapote sa veste, ses poches et trouve la gourde d’eau vide. Elle l’ouvre, la retourne puis la jette derrière elle. Elle continue son chemin sur son corps endormi pour ne rien trouver d’autre. C’est alors qu’elle pose ses deux mains sur la tête de mon ami puis inspire profondément. Je ne comprends pas du tout ce qu’elle fait, elle est très étrange. Après plusieurs minutes écoulées, elle s’arrête, étonnée et très furieuse. Elle se remet debout et me regarde.

« Vous n’avez pas de Karma ? »

Sa voix, fluide et belle, m’a tellement désarçonnée que je n’arrive pas à lui répondre. Je suis d’ailleurs étonnée qu’elle m’adresse la parole. J’aurais cru qu’elle serait partie en courant. Je suis tout à coup très jalouse d’elle. Elle est si belle et sa voix si envoûtante qu’elle pourrait mettre tous les hommes à ses pieds. Je me reprends et lui réponds le plus gentiment possible, de peur de la frustrée.

« Je ne vois pas de quoi tu parles. Mais, bonjour quand même.

- Ouais, salut. Me répond-elle en leva sa main droite. Je m’appelle Prisca.

- C’est cool. »

Ne voulant pas lui donner mon prénom, je ne dis plus rien. Elle attend quand même un peu, pour voir si je donne à mon tour mon nom mais renonce en voyant ma tête de têtue. Elle m’observe alors de haut en bas, cherchant des informations sur moi, quand son regard se fixe sur ma boîte cachée dans ma poche arrière. Elle s’approche de moi mais je recule, posant ma main sur ma poche. Elle s’arrête et tend son doigt dans la direction de ma poche.

« Il y a quoi là-dedans ?

- Une boîte stupide.

- Je peux la voir ?

- Non ! »

Je lui ai répondu tellement sèchement qu’elle en est surprise mais se ressaisit très vite.

« Si c’est une boîte stupide, il n’y a aucun mal à ce que j’y jette un coup d’œil, non ? »

Je me mords la lèvre inférieure. Je n’aurais peut-être pas dû répondre ça. Je n’ai pas intérêt à perdre cette boîte, sinon je vais me faire tuer par Coroka. Voyant que je ne réponds pas, elle me pose une autre question :

« Il y a quoi, dans cette boîte stupide ?

- Je ne sais pas. »

Elle me regarde étonnée puis s’apprête à me poser une nouvelle question mais je l’en empêche :

« Qu’est-ce que tu attends de moi, Prisca ?!

- Je ne sais pas encore… »

Enervée, je sers les poings, ce qu’elle remarque très vite car elle sort une de ses épées, prête à se défendre.

« Je ne te veux pas de mal, je veux juste cette petite boîte.

- Pourquoi ?!

- Parce que tu vas faire des bêtises avec ça. »

Je m’apprête à lui répondre quand elle disparaît. Surprise, je regarde autour de moi. Je la vois derrière moi. Elle a couru tellement vite que je ne l’ai même pas vu se déplacer ! Elle s’approche tout aussi vite de moi et me prends ma précieuse boîte. Affolée, j’hurle après elle qui s’éloigne déjà à toute vitesse. Je lui cours après de mes petites jambes d’humaines mais je trébuche sur Kînrò qui vient de se réveiller. Je me relève très vite et me transforme. Je me mets à courir après elle aussi vite que quand j’ai couru après le guépard. C’est dangereux, je sais mais cette fois-ci je fais très attention. J’évite tous les arbres qui barrent ma route, je saute par-dessus les grands rochers et j’arrive enfin à la rattraper, ce qui m’étonne beaucoup ! Voyant que je suis juste derrière elle, elle saute d’un coup et s’envole avec ses grandes ailes blanches qu’elle vient de faire apparaître. Je m’arrête brusquement et, dans un élan de rage, je saute sur les arbres aussi vite qu’un éclair. D’arbres en arbres, je la poursuis par-dessus la forêt immense. Je la rattrape et arrive en dessous d’elle. Sans prévenir, elle file vers la gauche. Je fais pareil et la rattrape encore. Tout à coup, ma patte de puma dérape sur une branche et je dégringole le long du géant arbre. Ne voulant pas renoncer, je remonte, un peu blessée, et cours de plus belle sur les arbres. Je l’aperçois enfin et accélère encore. Elle n’a pas remarqué ma présence, je suis cachée sous les feuilles des arbres. Alors, elle ralentit jusqu’à se poser par terre, tout doucement. Je reste sur ma branche, tout en haut. Je la vois tourner la tête dans tous les sens pour essayer de détecter ma présence, puis, ne me trouvant pas, elle continue son chemin en courant un peu moins vite. Je descends de mon perchoir et cours après elle, essayant de me faire discrète. Je suis surprise de constater qu’un petit objet tombe de sa ceinture et je m’approche pour voir ce que c’est. C’est ma boîte ! Je suis tellement heureuse que je décide de laisser partir Prisca. Je ne préfère pas me battre contre elle car je n’ai sûrement aucune chance. Après réflexion, je continue à marcher un peu, juste pour voir où elle va. La forêt s’éclaircit de plus en plus. Je devine que je vais bientôt sortir de la forêt. Mince ! Kînrò m’a-t-il suivi ? Tout à coup, Prisca est entourée d’une géante lumière bleue qui monte vers le ciel, comme hier. Elle s’arrête brusquemment et s’affole. Puis elle disparaît ! Mon dieu ! Je cours vers la lumière mais elle disparaît quand j’arrive. Il n’y a plus rien d’elle… A-t-elle été tuée ? Je m’assois à l’endroit où elle a disparue et attend bêtement. J’entends de l’eau plus loin. Assoiffée je cours vers le bruit et tombe sur une rivière. Je bois à grande gorgée pour apaiser ma soif puis relève la tête en entendant un cri d’horreur. Un immense bâtiment se tient devant moi. Il est tout gris et il fait vraiment peur avec les centaines de têtes de mort qui jonchent le sol de la cour. Je frissonne. Je ne devrais pas restée là… Je me retourne et une grosse tâche orange se jette sur moi. Le tigre me renverse dans la rivière. Kînrò a réussi à me retrouver !! Je sors de l’eau et me retransforme, serrant mon ami dans les bras.

« J’ai cru ne jamais pouvoir te retrouver ! »

Je lui souris et il se retourne pour apaiser à son tour sa soif. Il remarque le grand bâtiment. Il me regarde effrayé.

« C’est quoi ce truc ?!

- Je n’en ai aucune idée… »

Je ne veux pas lui raconter l’histoire de Prisca, il ne me croirait jamais.

« Lisa, tu as vu ? Derrière, il y a une vallée ! C’est notre billet de sortie. Tu viens ?

- Attends ! Je le retiens en voyant qu’il commence à partir. C’est trop dangereux par là, on va devoir faire le tour du bâtiment puis ensuite sortir, ok ?

- Pas de problème ! »

Avant de repartir, on se nettoie un peu le visage et les bras pour enlever le sang sec puis on pénètre alors dans la forêt pour pouvoir faire le tour du bâtiment en toute discrétion, je ne tiens vraiment pas à me faire prendre… Je suis étonnée que je ne sois pas fatiguée et essoufflée après la course acharnée contre Prisca. En temps normal, je cours un peu trop vite et je suis à bout de souffle. Là, rien. Je me sens en pleine forme à part que j’ai un peu faim. Arrivé une nouvelle fois à la rivière, nous décidons de manger quelques poissons avant de la traverser pour rejoindre à nouveau la forêt. Après notre petit repas, nous nous transformons pour nager plus facilement contre le courant pour arriver de l’autre côté de la rivière. Très vite, nous rentrons dans la forêt pour ne pas être vu. Nous marchons, main dans la main pour ne pas se perdre. Je suis contente d’être avec lui. Seule, j’aurais paniquée et couru dans tous les sens jusqu’à épuisement. Sa présence me rassure, me calme. De plus, c’est un très bon ami qui est toujours là quand on a besoin de lui. Tout à coup je sens sa main serrer trop fort la mienne.

« Eh, arrête s’il te plaît, tu me fais mal… »

Je le regarde et vois qu’il sourit. Heureux ? Fier ? Gêné ? Je ne sais pas, mais en tout cas il sourit. Je n’arrive pas à voir ses yeux pour essayer de deviner à quoi il pense car ceux-ci sont caché par ses cheveux noirs. Il me relâche un peu la main puis s’arrête et m’oblige à faire pareil. Je veux dégager ma main mais il la tient fort, sans me faire mal du moins.

« Attends, ne bouge pas s’il te plaît. »

Il a murmuré ses mots, comme s’il ne veut pas que je l’entende. J’observe attentivement tout ces faits et gestes. Il me tire doucement pour que je me rapproche de lui et me prends ma main gauche dans ses deux mains. Mon cœur s’accélère quand il pose ma main contre sa joue et ferme les yeux. Il caresse ma main tout en la faisant glisser le long de sa joue. Il ouvre les yeux et me sourit. Je reste bloquée, stupéfaite puis il m’attire contre lui ce qui enflamme mes joues. Je suis tellement proche de lui que je peux sentir son odeur délicieuse et entendre son cœur battre aussi vite que le mien. Il enroule ses bras autour de moi et pose sa tête sur mes cheveux. Il les sent doucement en me caressant doucement le dos.

« Il y a longtemps que je voulais te sentir près de moi… »

Surprise, je le repousse violemment.

« Pas de ça entre nous ! »

Je reprends la route le laissant seul, comme un con. Je regrette un peu mon geste mais il va trop vite. On se connaît que depuis cinq mois ! Je l’aime bien mais seulement en ami. Je ne savais pas qu’il avait des sentiments pour moi et ça me fait froid dans le dos. Je ne suis pas prête pour ce genre de chose, en tout cas, pas avec Kînrò. Il est gentil mais… Non, pas maintenant, pas ça pas maintenant.

Je continue mon chemin et je l’entends me suivre un peu derrière moi. Pendant une heure entière, nous n’avons rien dit, gênés. Un silence pesant s’est installé entre nous et ça m’agace profondément. Au loin, j’aperçois enfin la vallée. Nous sommes bientôt arrivé ! Mais tout à coup, une nouvelle lumière bleue jaillit. Je me retourne très vite et voit Kînrò disparaître dans cette lumière, sous mes yeux.

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