Le bâtiment de l'horreur

Je fais les cent pas, affolée, depuis maintenant dix minutes. Je ne sais pas où il est a été emmené, s’il est mort ou non. Rien qu’à l’idée qu’il soit mort me fait pleurer.

Pleurer.

Je ne fais que ça en ce moment. Je m’inquiète pour mes loulous. Je m’inquiète pour Kînrò. Je m’inquiète pour moi. Que vais-je devenir ? Je retourne vers l’entrée du grand bâtiment effrayant. Kînrò est peut-être là. Aucune fenêtre ne figure sur cette géante « maison » et je ne vois aucune caméra. J’avance lentement. Il n’y a personne. Je n’entends personne à part des cris stridents affreux, qui foutent la chaire de poule. C’est peut-être un centre de torture ? Je secoue la tête. Je raconte n’importe quoi ! Les cris ne s’arrêtent pas, ça me fait vraiment peur. Je mets mes deux mains sur mes oreilles, c’est affreux ces cris !! Je marche tout à coup sur quelque chose de dur qui vient de craquer. Je baisse la tête et vois un crâne en mille morceaux. Des milliers de bestioles affreuses en sort. Quelle horreur ! J’avance encore, un peu plus vite quand même jusqu’à ce que je remarque que les bestioles me suivent. Je me mets à courir tout en regardant derrière moi. Elles me rattrapent ces saloperies !! Je me cogne dans quelque chose de moue et voit le corps sans vie de l’homme guépard. Ses bras et ses jambes ont été ouverts dans le sens de la longueur, laissant paraître les os. Les ongles des mains ont été arrachés ainsi qu’un œil qui pend. Je porte ma main à ma bouche pour éviter de vomir. Le corps a été complètement vidé de ses organes et pleins de bestioles étranges sont en train de manger l’intérieur de l’homme qui a un énorme clou planté dans le front. Je me recule et évite de vomir. Cet homme a beaucoup souffert avant de mourir c’est vraiment horrible !! Je me raidis quand je sens une main sur mon épaule. Je me retourne lentement et étouffe un cri quand je vois l’homme me prendre l’épaule en me souriant. Putain il n’est pas mort !!! Je cours à toute vitesse sous un grand préau et me réfugie sous une grande bâche noire pour essayer de reprendre ma respiration calmement. Assise par terre, j’enroule mes bras autour de mes jambes pliées et inspire profondément. Je dois me calmer, je dois me calmer !! Je me raidis une fois de plus en entendant deux hommes arrivés sous le préau. Je coupe ma respiration et essaye de me faire aussi petite que je peux…

« Tu as vu comment le numéro quatre cent cinquante trois a hurlé quand on lui a posé de la cire chaude sur le cœur ?

- Ah oui ! C’était vraiment drôle ! »

Je manque d’hurler de rage en entendant le mot « drôle » mais je me retiens…

« Le prochain c’est lequel alors ?

- Quatre cent cinquante quatre. Une femme, enfin une jeune fille. Elle n’est pas Nekhò donc j’ai hâte de voir comment elle va réagir aux tortures !! Lance l’excité.

- Elle n’a pas voulu répondre aux questions elle non plus ?

- Non, réponds l’homme devenu soudain très sérieux, elle n’a même pas demandé de quoi on parlait comme les autres. Elle n’a pas parlé une seule fois. Quel dommage de la tuer ! Elle est vraiment jolie ! De bonnes formes comme ça ! »

Je devine qu’il trace avec ses mains, les formes de Prisca… Ca ne me fait rien qu’elle meure, je ne la connais pas mais qu’elle soit torturé, je trouve ça horrible !

« Wouuuh ! J’ai hâte de lui ouvrir le corps avec mes tout petits ciseaux !

- Hahaha, non, cette fois, c’est à mon tour de découper !

- Tu es injuste !

- On avait dit chacun son tour ! »

Je ne les entends plus, ils doivent être retournés à l’intérieur… Je pousse un grand soupir de soulagement, ils ne m’ont pas vu ! Je passe la tête dehors pour m’assurer qu’il n’y a personne et je sors. Je me relève en posant ma main sur quelque chose de mou… Je m’aperçois que je viens d’écraser complètement une tête sans crâne d’une personne ! L’endroit où j’étais cachée contenait un tas de cadavres ! Je sursaute et cache vite tout ce tas de morts dans un élan d’affolement… J’essuie mes mains comme je peux avec ce qui traîne et aperçoit à ma droite une grande porte qui mène à l’intérieur du bâtiment aux cris effrayant. Je déglutis et pousse la lourde porte lentement… Personne à l’horizon. Étonnamment, à l’intérieur, tout est sobre et il n’y a absolument rien d’effrayant… A part les cris qui sont beaucoup plus forts, d’ici. J’avance tout doucement dans un long couloir illuminé jusqu’à arrivé à un ascenseur. A ma droite il y a les ordures, où des bras dépassent des sacs poubelles. A ma gauche, un grand aquarium où un minuscule chat nage, comme si de rien n’était. Evidemment, c’est très logique de trouver un chat qui nage sous l’eau. Je tapote la vitre de l’aquarium et dix minis chats se jettent contre la vitre, là où il y a mon doigt. Ils font paraître leurs dents effrayantes qui pourraient couper n’importe quoi. Je recule brusquemment et frissonne… Tout à coup, l’ascenseur fait un petit « Ting » et les portes commencent à s’ouvrir. Sans hésiter, je saute dans les grands sacs poubelles pour me cacher. Mon cœur s’accélère. Je vais me faire choper ! Entre deux sacs je vois un homme sortir. Un homme… Je devrais plutôt dire un monstre… Ses trois doigts sur sa main gauche ressemblent à ceux d’une sorcière… en plus pointus et effrayant. Ses yeux sont ronds et grands, trop grands. Le monstre baille et me fait voir sa bouche sans dents, sans langue mais avec de grands traits étranges qui traverse sa bouche de haut en bas. Sa peau est verte par endroits, rouge par d’autres et elle émane une odeur infecte, tellement horrible que je suis obligé de me boucher le nez si je ne veux pas hurler. Son visage est plat et, au milieu, un petit trou s’ouvre en fonction de sa respiration bruyante et irrégulière. Il n’a pas de chaussures ce qui m’offre une vue sur ses pieds égal à ses mains. Il est très grand. Il fait facilement dans les trois mètres. Je me sens ridicule avec mon mètre soixante. Notre race a toujours été petite, sauf les gardes qui reçoivent dès leur naissance des pilules qui les font grandir jusqu’aux deux mètres. Le monstre jette un sac poubelle sur ma tête et j’étouffe un « Aïe ». Il se retourne pour donner une main à manger aux « chats » et me laisse voir des bosses sous sa longue chemise blanche tachée de sang ainsi que plusieurs « nageoires » de requins qui en sortent… je suis sûre que si je touche un de ces trucs, je me transperce le doigts. Je frissonne à cette idée ce qui fait bouger les sacs poubelles. L’homme n’a heureusement rien remarqué et sort du bâtiment d’une démarche rapide et fluide. Je sors lentement des sacs après avoir entendu la porte claquer et j’entre discrètement dans l’ascenseur. C’est très dangereux, je sais, mais il faut que je retrouve Kînrò coûte que coûte. Il y a quatre boutons pour quatre étages. J’appuie au hasard sur le troisième et l’ascenseur commence sa montée. Une petite musique se fait entendre. C’est censé me rassurer ? Pourtant mon cœur bat toujours aussi fort. Il manque d’ailleurs quelques battements quand les portes s’ouvrent et offre à moi une géante salle avec des dizaines de monstres comme celui de tout à l’heure. La salle pue tellement que je manque de m’évanouir. J’appuie très vite sur le bouton du deuxième étage et, heureusement, les portes se referment très vite… Elles s’ouvrent de nouveau sur une petite salle où la lumière est éblouissante pour mes petits yeux. Il n’y a personne dans cette salle alors je décide d’y entrer. Un lit, ou plutôt un table d’opération, est posé au milieu et des attachent pendent sur les cotés. A droite, une grande armoire vitrée me montre qu’elle contient énormément d’instruments de tortures en tout genre. Je préfère ne pas rester devant plus longtemps, ça me fait peur. A gauche il y a une table avec plusieurs feuilles dessus, des feuilles de rapports sûrement. Elles sont toutes vierges et donc ne m’apprendront rien sur ce bâtiment étrange et effrayant. Un nouveau cri se fait entendre, mais celui-ci est féminin. Je devine le cri de Prisca. Je ferme les yeux quelques minutes pour me l’imaginer sur une table comme celle à coté de moi, attachée, et en train de se faire couper le ventre. J’en ai la chaire de poule, je ne préfère pas continuer à imaginer… Une porte se trouve dans le fond de la salle. Courageusement, je m’approche et l’ouvre, toujours aussi prudemment. Je regarde à droite et à gauche. Un long couloir sombre emmène à plusieurs salles comme dans celles où je suis. Je vais à gauche pour suivre les cris. Sur chaque porte de chaque salle il y a un petit hublot où je peux voir qui il y a dedans sans me faire voir. J’arrive à une énième salle où il y a du sang partout sur les murs. Je vois enfin Kînrò qui est assis au fond de la salle, la tête entre les mains. Il regarde Prisca se faire découper. Deux hommes sont autour d’elle. Le premier lui pose des questions auxquelles elle ne répond pas. Le deuxième lui arrache un ongle très lentement à chacun de ses silences. Elle hurle tout ce qu’elle peut sous les yeux effrayés de Kînrò… Je ne sais pas quoi faire !

« Que faites vous, mademoiselle ? »

Que… ?!! Je me retourne et l’homme qui m’a jeté le sac poubelle sur la tête se tient devant moi, étonné. Il est effrayant c’est dingue ! Je me demande pourquoi je ne l’ai pas senti arrivé avec son odeur qui empeste. J’ai tellement peur de lui que j’en pleure… Je lève la tête à m’en tordre le coup pour le regarder. Il me regarde attentivement, calme. Il n’a pas l’air de me vouloir du mal c’est peut-être pour ça que je n’ai pas envie de partir en courant.

« Je… Euh… Bah… J’ai… Mon ami… Euh… Mes amis… Sont dans… Cette salle… »

Autant sauvé les deux tant que je peux en sauver. L’homme me sourit d’un sourire qui fait plus peur qu’autre chose mais je me calme un peu.

« C’est pas très malin de venir ici seule, ça risque de mal finir… Je m’appelle Komoro. Rajoute-t-il en voyant que je ne réponds pas. Et toi ?

- L…Li…Lili…Lisa… »

En entendant les trémolos dans ma voix, il se met à rire. Un rire bruyant qui résonne au fond de sa gorge.

« Ne t’inquiète pas comme ça ! Je suis le gentil parmi tous ces méchants, je suis là parce que j’y suis forcé. Je ne torture personne, je m’occupe juste de la propreté de l’environnement. »

Je me détends un peu. Je suis plutôt bien tomber ! Un nouveau cri se fait entendre de la part de Prisca et je frissonne encore. Il rigole de nouveau et entre sans prévenir dans la salle. J’eus un hoquet de surprise quand il m’a pris par le col pour m’emmener. Il me dit de me taire d’un geste pendant qu’il me jette sur son dos. Je suis trop proche de lui, je sens que je vais m’évanouir si je reste trop longtemps à sentir son odeur horrible ! Il me montre au deux hommes qui s ‘arrête dans leur torture.

« Tu nous apporte une nouvelle, Komoro ?

- Oui, mais j’aimerais la découper moi-même, ainsi que ces deux là. »

Il désigne Prisca et Kînrò de la tête. Je tourne la tête vers mon ami qui a les larmes aux yeux. Il est étonné de me voir là. Je lui fait un clin d’œil discrètement ce qui le rassure un peu. Les deux monstres se mettent à rire.

« Quoi ? Toi, torturer ?!

- Oui, je voudrais essayer.

- Dans ce cas, on te laisse prendre ton pied ! A plus ! »

Komoro me repose par terre et souffle.

« C’a été plus facile que je ne pensais, j’ai eu peur qu’ils veulent me regarder faire ! »

Il jette un coup d’œil dans le couloir pour s’assurer que les deux hommes sont bien partis et pendant ce temps je m’approche de Prisca. Elle est dans un sal état. Elle respire difficilement mais tiens le coup. Ses mains sont accrochés très forts sur les cotés de la table. Sur ses doigts je remarque qu’elle n’a plus d’ongles. A la place il y a un flot de sang s’écoule et tombe par terre. Je vois que les deux « scientifiques » ont commencé à la découper car une petite entaille apparaît au niveau de son ventre. Après son inspection, Komoro revient à nous.

« Très bien. Si vous montez par cette plaque là-bas, il montre celle-ci sur le plafond de la salle, vous allez arriver directement sur le toit. Par contre votre amie est dans un état pitoyable. Il est impossible de l’emmener avec vous alors soit je l’achève soit je la soigne avec le trésor du roi des mers. »

Il se retourne vers moi. Je sursaute. Mais je ne l’ai pas moi ce trésor ! Je sors la boîte de ma poche et la regarde. C’est peut-être ça finalement… Komoro est tout sourire alors je la lui donne. Il l’ouvre aussi facilement qu’un petit coffre alors que moi j’ai galéré pendant plusieurs jours et en sors un long pendentif. C’est un long diamant qui s’assombrit au contact de la peau de mon sauveur. J’observe attentivement ce qu’il fait. Il pose le diamant sur le front de Prisca et des milliers de petits papillons bleus en sorte pour la guérir. Alors ils venaient de là, les papillons ?! Prisca reprend vite ses esprits et saute de la table. Elle s’étire et souffle un bon coup. On lui explique tout mais elle refuse de partir sans ses armes qu’elle cherche des yeux, en vain. On l’a pourtant dit qu’ils l’encombreraient mais elle ne veut rien savoir. C’est alors que Kînrò me prend dans ses bras. Il me remercie et s’excuse pour tout à l’heure. Je ne lui en veux pas, j’ai juste été prise au dépourvue, c’est pourquoi je lui pardonne sans me poser de questions et on décide de partir sur le toit, pendant que Prisca part avec Komoro chercher ses armes. Elle nous rejoindra. Pendant notre montée, Kînrò me raconte ce qui s’est passé et que les créatures présentent ici sont des Krakars. Je me rappelle alors de la légende que Coroka m’avait racontée, le mois dernier…

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