Un jour, ma mort viendra.

 

 

Longue suite ! Si, franchement, vous avez le courage de lire –Parce que je sais que parfois c’est assez chiant- et bien je vous dit chapeau ! Et dans ce cas-là vous pourrez me dire si vous le trouvez bien =) ? Surtout par rapport à l’ancien chapitre n.n

 

Question absurde d’apparence mais pourtant importante. Comment a-t-il su que j’étais là, d’abord ? Apparemment ma question le déstabilise, il me regarde perdu ne sachant que répondre. Cachant son visage derrière ses cheveux mi-longs, il se lève ensuite pour s’éloigner un peu. Malgré ma douleur intense dans la jambe, j’essaye de m’asseoir pour être plus à l’aise. Je grimace quand ma jambe frotte la terre encore trempée car malgré le bandage parfait de Kînrò, je ne suis pas à l’abri d’infections.

 « Je ne sais pas si… Commence-t-il en s’arrêtant de suite. »

Sa voix tremblante me montre qu’il a un secret trop à lourd à garder et ça me donne des frissons dans le dos. Mais quel genre de secret pourrait être aussi dur à avouer ? Ses poings se serrent puis il met sa tête de profil pour que je voie son visage de moitié.

« Ne t’es-tu jamais demandée pourquoi je disparaissais plusieurs mois sans aucunes raisons ? »

Surprise, je ne réponds pas tout de suite. Il est vrai que les villageois m’ont souvent dit que Kînrò partaient parfois du village pour revenir des mois après. Depuis que je suis ici, je n’ai vu Kînrò partir qu’une seule fois et ça n’a duré que deux jours. J’ai été très vite rassurée par les villageois mais je ne me suis pas demandée pourquoi il était parti. Je m’inquiétais seulement pour lui.

Sans attendre ma réponse, il enchaîna :

« Pourquoi, à ton avis, je ne suis jamais là les soirs où le ciel est dégagé et qu’on peut apercevoir les deux lunes ? »

Ca non plus, je ne me le suis jamais demandé.

Il se retourne vers moi, lentement. Son regard est froid mais je sens une once d’inquiétude.

Tout se mélange dans ma tête, que veut-il me dire ? Quel est le rapport avec ma question ? Pourquoi cette inquiétude ?

Ma jambe me fait de plus en plus mal, je sens que je la perds… La douleur m’empêche de réfléchir correctement et me fait lâcher un cri.

Kînrò arrive de suite venir me soutenir. Levant la tête vers mon ami, je remarque que son regard n’a pas changé. Il est toujours aussi froid mais je sens maintenant de la colère en lui. Il serre les dents si fort que j’ai peur qu’elles éclatent ! Focalisant mes idées sur autre chose que ma douleur, le tigre, lui, essaye de me soulager en cherchant un moyen de mettre ma jambe dans la meilleure position qu’il soit. N’en trouvant pas, il me soulève et me pose sur un rocher assez grand pour que je puisse tenir allongée dessus.

« Je ne te comprends pas, Kînrò… Dis-je dans un souffle. »

Une fois m’avoir mise correctement sur la pierre froide et dur, il s’approche de mon visage.

« Devine, s’il te plaît, devine.

- Non, dis-moi ce qu’il se passe !

- Je n’ai pas le droit ! Crie-t-il. »

Enragé, il frappe un arbre pour soulager sa colère inexplicable puis il s’assoit dans la boue plus loin. Je regarde son dos musclé sans vraiment le voir, troublée par sa violente réaction.

Le ciel maintenant dégagé laisse place au soleil qui est haut dans le ciel, je peux le voir à travers les feuillages des arbres si grands. Une envie soudaine me prend. J’ai envie de les escalader sous forme de Nekhò, pour essayer. Malheureusement la douleur à ma jambe me rappelle que je ne peux pas faire ça. Je suis fatiguée, je me sens si lourde si écrasée par la douleur de ma jambe… Je ferme les yeux doucement me laissant aller par la fatigue pesante.

Soudain, je sens comme des milliers de petites pattes me parcourir la jambe. Surprise de la douleur que ça me procure, je me relève directement en ouvrant les yeux. Des milliers de petits papillons bleus s’envolent autour de moi, apeuré par ma réaction puis reviennent sur ma jambe. Ils s’agglutinent sur les bandages rougis par le sang. Je ne me pose pas de questions et déchire les bandages très vite, m’arrachant également un nouveau cri de douleur. Les papillons se posent alors doucement sur mes blessures recouvrant entièrement les griffures. Je sens leurs pattes me parcourir la jambe ce qui me pousse à hurler de douleur. Leurs pattes sont comme des pointes dans mes blessures, un acide, un poison ! Une légère lumière bleue est créée par les étranges papillons. J’aperçois mon ami qui arrive vers moi en courant mais qui s’évanoui puis s’effondre d’un coup en voyant la lumière bleue. Kînrò n’est pas du genre à s’évanouir pour rien, je pense que la lumière à un effet spécial qui met à terre toute personne autour. Mais pourquoi ?! D’où viennent ses papillons ?

La douleur est telle que je n’arrive pas à m’arrêter d’hurler, écrasée pour le mal de ma jambe je me tords dans tous les sens espérant en vain de faire partir la douleur atroce. Mes doigts agrippent le rocher et je me plaque à plat ventre sur celui-ci pour étouffer ma voix.

J’ai comme l’impression qu’on veut m’arracher la jambe, qu’on l’épluche en même temps ou qu’on arrache des morceaux de chair à mains nus.

Sentant peu à peu la douleur partir, je n’hésite pas et me relève pour chasser les papillons immédiatement. La douleur s’en va aussi vite qu’elle est apparue et je pousse un long soupir de soulagement, exténuée d’avoir autant hurlé. Je prends quelques minutes pour reprendre mon souffle tranquillement.

Dans un hoquet de surprise, je découvre ma jambe presque entièrement guérie. Une cicatrice rouge se fait encore voir le long de ma cuisse et disparait au niveau du genou. Ces bestioles m’ont soignée ?! Comment est-ce possible ?! Dans tout les cas, je ne leur ai pas donné le temps de finir et me voilà avec une belle cicatrice. Mais j’ai bien fait de les arrêté, j’avais bien trop mal.

Je n’ai aucune d’idée du pourquoi du comment mais les faits sont là, je suis guérie et c’est tant mieux. Posant délicatement ma jambe guérie sur le sol, je vérifie que je n’ai plus mal puis me mets sur mes deux pieds. Etirant ma jambe, sautant, m’accroupissant, je comprends très vite que la douleur musculaire est encore là. Ça ne m’étonne pas et ne me gêne pas pour autant. C’est bien moins pire que ce que je ressentais il y a quelques minutes.

Mon jean maintenant déchiré, je le retire en étant contente d’avoir mis une tunique assez longue aujourd’hui. Je prends également la boîte noire et la met dans la poche de ma robe courte quand une flèche me frôle et déchire le côté droit de ma tunique. Surprise je laisse échappé un petit cri, un peu plus et je me ferais transpercer ! J’entends une respiration en hauteur. Je lève alors la tête et cherche d’où vient la flèche.

Je repère enfin quelque chose sur une branche et en une fraction de seconde je me baisse pour ne pas recevoir une deuxième flèche dans la tête. Quelqu’un veut me tuer !

D’un regard furtif, je vérifie si mon ami est éveillé mais malgré mes cris il reste endormi dans la boue. Il ne pourra donc pas m’aider.

Un peu affolée, je suis du regard la silhouette se déplacer de branches en branches cherchant peut-être mon angle mort ou une distraction de ma part, même courte. Je vois l’ombre tourner autour de moi pour arriver dans mon dos mais je me retourne, je ne suis pas totalement stupide ou peut-être croit-il que je suis encore blessé et que j’évite tout mouvement ?

La silhouette s’arrête. Va-t-elle descendre et se montrer ? J’aimerais voir qui veut ma mort et surtout pourquoi.

Doucement et très prudemment, je m’approche de Kînrò pour lui prendre sa dague. Chose qui, d’habitude, il n’emmène jamais mais je l’avais repéré à sa ceinture quand il était arrivé. Mieux vaut ça que d’attaquer en félin et de me faire percer le ventre au moment d’un saut.

Au moment où je vois la personne sauter de l’arbre, je place la dague devant mon visage. Je ne sais pas vraiment me battre de cette manière mais s’il le faut, je ferais ce que je peux. Je n’ai aucune envie de me faire déchiqueter par ses longues épées brillantes que porte la personne à sa ceinture. La peur me prend mais j’essaie de ne pas la montrer car mon adversaire en profiterait. Malheureusement mon corps me trahi et mes mains se mettent à trembler. Je replace mes doigts sur le manche de la dague et me racle la gorge espérant faire comprendre à mon ennemi que je n’ai pas peur de lui, ce qui est évidemment faux.

Dans l’ombre, le visage de la personne est caché. Rien que par curiosité, je voudrais voir qui me veut du mal. Mais dans tous les cas, que ce soit un homme, une femme, un enfant ou un ami ça ne change rien, je riposterais toujours. Si c’est réellement un ami et qu’il veut me tuer je n’aurais alors plus aucune raison de porter son amitié dans mon cœur.

« Montre-toi. »

Ma voix n’a pas été aussi sûr que ce que je ne le voulais en sentent quelques trémolos dans celle-ci. Décidément, mon corps ne m’aime pas aujourd’hui. Il me donne pas mal de fil à retordre.

Un petit ricanement féminin se fait entendre et mon ennemi avance de quelques pas.

Qui l’aurait cru ?

Une jolie jeune femme de mon âge environ se présente devant moi. Son apparence pourtant classe est assez étrange. Ses longs cheveux blancs atteignant sa taille me font penser à la couleur des lunes. Sa peau est aussi blanche que la neige à croire qu’il n’y a plus de sang qui passe dans ses veines pour rosir ses joues. En observant son visage, mes yeux croisent les siens. Son regard aux reflets dorés montre une grande détermination et une fierté sans limite. Au moment où elle remet correctement sa mèche de cheveux, je remarque une étrange cicatrice sur son œil gauche. D’un petit sourire en coin, elle sort ses deux épées et les pointes vers moi dans une position de défense. Cette attitude me choque presque. Elle qui a l’air si sûre d’elle et si forte, elle se place en défense plutôt que d’attaquer, moi faiblarde qui croulera sous ses coups. Méfiante elle tourne autour de moi toujours dans cette position défensive. Elle cherche sûrement un point faible. Apeurée, je n’ose même pas bouger un pouce, toujours bloquée avec la dague devant mon visage. Je la suis du coin de l’œil, espérant qu’elle ne me tranche pas d’un coup traitre dans le dos.

Je ressens un grand soulagement quand je la vois réapparaitre de l’autre côté. D’un geste fluide et rapide elle plante alors une de ses épées dans le sol boueux et tend sa main vers moi. Je remarque au passage plusieurs bandages sur ses bras et ses jambes. Des blessures ? Ça ne m’étonnerait pas mais je ne pense pas que ce soit ça. Quelqu’un de blessé à plusieurs endroits n’a pas un air si fier que ce qu’elle fait paraitre.

Dans un nouveau sourire, plus gentil et accueillant elle me lance un petit bonjour d’une voix envoutante. La jalousie me pique alors au vif. Elle est si belle et sa voix si fluide et jolie qu’elle mettrait tous les hommes à ses pieds. Enragée de cette injustice de la nature je ne réponds pas et replace correctement ma dague devant moi.

« Qu’est-ce que tu me veux ? Lance-je d’un ton sec et froid vers sa main tendue. »

Elle se mit à rigoler doucement d’un rire mélodieux en retirant sa main puis reprit un air sérieux en remarquant mes oreilles plaquées sur mon crâne. De nouveau surprise en voyant ma queue féline ondulé d’énervement derrière moi, elle place son épée devant elle, prête à attaquer.

Je ne comprends pas sa réaction jusqu’à ce que je ne voie aucune trace féline sur elle. Elle n’est pas Nekhò, elle a une forme entièrement humaine ce qui m’effraie un peu. N’ont-ils pas censé avoir disparus il y a plusieurs milliards d’années ?!

Quand j’aperçois ses oreilles étrangement pointues de chaque côté de sa tête je suis presque rassurée. Les humains n’ont pas d’oreilles comme cela. Coroka m’a dit qu’elles étaient plus petites et rondes. Malgré tout, elle ressemble beaucoup à un humain et cela me perturbe un peu.

« Qui es-tu ? Me demande-t-elle

- Puis-je savoir avant ce que toi tu es ? »

Je joue avec le feu, elle n’a pas l’air très contente de ma question.

« Je m’appelle Prisca, dit-elle simplement ce qui ne répond pas vraiment à ma question.

- Enchantée, moi c’est Lisa. »

Son regard concentré se focalise sur ma tunique déchirée, juste en dessous se trouve la petite boîte noire dans la poche. Un peu plus bas et la flèche cognait contre la boîte, mais après tout je m’en fiche.

« Qu’y a-t-il dans ta poche, Lisa ? »

Etonnée par sa voix soudain froide et violente, je ne réponds pas tout de suite. Je pose ma main sur la boîte, comme pour la protégée.

« Un objet valeureux à mon cœur.

- Puis-je le voir ? Demande-t-elle poliment.

- Je ne préfère pas.

- Pourquoi ? Questionne-t-elle.

- Qu’est-ce que tu vas en faire ?

- Je veux juste le regarder.

- Pour me le voler ensuite ? Jamais ! »

Je ne suis pas très sûre de ce que je dis. Peut-être veut-elle vraiment juste l’observer mais cela me paraît tout de même louche. Pourquoi, franchement, s’intéresse-t-elle au contenu de mes poches ?

« Donne-moi ça ! »

Sa voix forte et dominante me déstabilise un peu. Pourquoi cette soudaine colère ? Elle paraissait plus calme avant. Sur le même ton qu’elle, je lui lance un grand non catégorique. Sait-elle au moins ce qu’il y a dans ma poche ? Si oui, pourquoi elle voudrait cette boîte ? Elle n’a pourtant rien de spécial !

Elle s’approche, elle compte peut-être me la voler sans que je le voie ?!

Stupide créature que tu es Prisca, je ne me ferais pas avoir.

Dans un bond, elle s’élance vers moi, son épée dirigée sur ma tête. N’ayant pas le temps de contrer l’attaque, je me baisse et roule pour passer en dessous d’elle.

Non, tu ne m’auras pas.

Ma dague contre son épée, je ne sais pas si j’ai une chance mais je peux toujours tenter le coup.

Et Kînrò qui dort toujours ! Il se fiche vraiment de moi là ! Il ne pourrait pas se réveiller ? Pourquoi la lumière de tout à l’heure l’a endormit comme ça ? Et combien de temps ça va durer ? J’ai besoin de lui !

Sans s’arrêter, Prisca rebondit et court vers moi. L’épée en avant, j’ai juste le temps de la contrer tellement elle est rapide. Elle ne renonce pas si vite en m’attaquant encore et encore, toujours de plus en plus fort. Un coup je contre, un coup j’esquive mais je ne suis pas à l’aise. Je ne me suis jamais battue comme cela, je n’ai aucune chance ! Je me fatigue trop vite et ses coups sont trop rapides, trop fluides et beaucoup trop forts !

Les coups que je contre ne sont pas très efficace, l’épée continue à chaque fois son trajet jusqu’à me toucher le crâne sans me faire mal. Cependant, à force de petites coupures dues à la lame trop tranchante de l’épée, je sens un liquide chaud couler dans mes cheveux.

Reculant à chacun des coups donnés par Prisca, je cherche une solution pour me sortir de là. Il faut que j’évite un arbre, si elle me coince je suis foutu. Une idée me vient alors vite.

Parant un autre coup d’épée et esquivant un dernier, je cours ensuite à toute vitesse vers un arbre prit au hasard. Heureuse de lui avoir échappé aussi facilement, je me transforme pour grimper plus facilement à l’arbre.

Maintenant je te domine Prisca.

Je saute sur une autre branche et disparait des yeux de mon ennemi. Essoufflée, je reprends ma respiration pour pouvoir continuer le combat.

Son visage devenu impassible, sans sentiment, me cherche dans les hauteurs mais les feuilles généreuses des arbres me cachent bien.

Soudain, je sens mon estomac se tordre. Surprise, je tousse un peu et remarque je recrache du sang.

Qu’est-ce que … ?

Sans forces, je glisse sur le côté et me laisse tomber. Je m’écrase lamentablement par terre en me retransformant en Nekhò. Sous l’effet de la douleur, je n’arrive pas à empêcher Prisca de me prendre la boîte noire ornées d’écritures dorées. Je la vois sourire puis elle approche sa main de mon estomac. D’un coup sec, elle retire sa flèche qui me fait crier encore une fois de douleur. Saleté…

« Merci, dit-elle en partant tranquillement »

Non, non ! Je ne peux pas mourir ici ! C’est si stupide, si honteux… Je me replis sur moi-même pour faire partir la douleur quand je vois venir les petits papillons bleus qui sortent de la boîte. Prisca, étonnée, n’a pas le temps de comprendre quoi que se soit avant de s’évanouir à la vue de la lumière bleue.

« Non ! Je ne veux pas non !!! »

Je ne veux pas revivre cette douleur, pas encore ! Mais étant inévitable, les papillons se posent délicatement sur mes blessures malgré mes gestes brusques envers eux.

La douleur revient, plus forte, plus intense. Mes yeux tournent, je ne vois plus rien, ma gorge se serre et le cri sort. Je ne peux pas retenir ce hurlement. Le mal est trop fort. Je sens mon estomac se reconstitué tout doucement pendant que j’hurle à m’en briser les cordes vocales.

Putain de papillons !

Mon corps tendu, je n’arrive plus à bouger mes muscles sont crispés sous la douleur trop intense. Mes poings se serrent, mes ongles entre dans ma chair ce qui me fait saigner. Automatiquement, deux papillons viennent se poser sur chacune de mes mains et ajoutent du mal en moi.

J’ai l’impression d’être brulée de l’intérieur, comme si on allumait un feu dans mon corps qui consomme mes organes lentement.

Je ne pourrais pas m’évanouir moi aussi ?!! Je pense que je souffrirais moins ! Mais non, mon corps en a décidé autrement !

Puis un papillon s’envole, un autre le suit et enfin, ils s’envolent par dizaine. Exténuée, je ne remercie pas ces saletés d’insectes qui m’ont peut-être empêché de mourir mais qui font bien plus mal que cette maladie du sang. Je laisse finir le travail des derniers dans des gémissements de souffrance puis respire à nouveau tranquillement.

Ça y est, c’est fini. Tout va bien maintenant.

Tout ?

Repensant à ma petite boite je me relève directement puis regrette ce geste brusque. Mes muscles me font encore mal, j’ai des grosses courbatures. Comme si j’avais couru un marathon sans m’échauffer. Je m’étire un peu et regrette encore une fois. Prisca s’est relevé, encore sonnée. J’aurais dû me dépêcher de récupérer la boîte…

Alors elle, elle s’évanouit quelques minutes et Kînrò, lui, reste endormit pendant plus de temps ? Mais pourquoi ?! C’est injuste, complètement immorale. Ces papillons ne savent pas ce qu’ils font !

La jeune fille étrange reprend vite ses esprits et, en me voyant debout et presque en pleine forme, se met à courir assez lentement au milieu des arbres. Puis, au loin, je la vois déployer de magnifiques ailes noires
Oh, non ma belle, tu ne m’échapperas pas !

Je cours aussi vite que mes muscles endolorit me le permettent et observe Prisca. Pourquoi ne s’envole-t-elle pas ? Elle regarde en l’air, tournant sur elle-même, inquiète. Je m’arrête aussi. Qu’y a-t-il ? Que se passe-t-il ?

D’un coup, elle replie ses ailes et court avec une classe assez impressionnante vers le nord.

Elle ne court pas très vite, je pense pouvoir la rattraper facilement. Je tourne alors moi aussi à droite et la suit oubliant Kînrò. Il me rejoindra de la même façon qu’il m’a retrouvée tout à l’heure.

J’ai parlé trop vite, mon ventre me fait souffrir. Pliée, j’ai du mal à avancer mais par chance l’étrange créature n’accélère pas. Serait-ce son point faible de ne pas pouvoir courir vite ? C’est une chance pour moi !

Me transformant majestueusement en félin agile, puissant mais blessé je galope après elle pour récupérer ce que j’ai moi-même volé.

La boue, devenue un peu plus dure, sèche entre mes griffes qui accrochent le sol pour me propulser sans trop d’efforts abdominaux.

Malgré mes douleurs et la fatigue, je rattrape vite Prisca. Elle saute sur des racines qui ressortent du sol pour ne pas être ralentie par le piège qu’est la terre molle.

Un regard vers moi, puis un sourire Prisca saute avec une classe incomparable sur une branche plus haute. Elle continue sa course un peu plus en hauteur.

Souvent, elle regarde dans le ciel d’un air inquiet puis change de direction. Je ne comprends pas ses réactions jusqu’à ce que moi aussi, je lève la tête vers le ciel.

Celui-ci devient soudain très sombre. Une immense tâche noire fait disparaitre le soleil. L’instant d’une seconde je m’arrête dans la course après la jeune fille étrange puis me remets à courir mais dans le sens inverse en comprenant que cette tâche noire s’écrase sur nous. Un cri perçant et apeuré se fait entendre parmi les bruits des arbres commençant à se plier sous le poids de l’immense bête. Je reconnais les points scintillants sur sa peau ce qui confirme mon hypothèse : C’est bien un des monstres légendaires de tout à l’heure. Je ne peux plus regarder en arrière, les arbres s’effondrent très vite emportant avec eux des sapins et autres conifères. Si je ne regarde pas où je vais, je risque de me faire écraser !

Evitant un tronc de peu, je décide de grimper dans les arbres malgré mes fortes douleurs pour avoir moins de chance de me faire aplatir entre deux arbres.

Le monstre s’écrase lentement sans raisons apparente dans un cri d’effroi. Juste au moment de son atterrissage et donc de l’écrasement inévitable de Prisca, une lumière vive m’éblouit une fois de plus ce que m’empêche de voir le tronc d’arbre qui arrive vers moi, propulsé par une des oreilles de la bête. Par chance, le tremblement que ce monstre produit me fait tomber de ma branche et m’évite de m’exploser contre le tronc. Le cri de la bête ainsi que le bruit du tremblement emplissent mes oreilles. Ce sont des sons beaucoup trop puissants pour mes oreilles sensibles de félin !

Etant écrasée par ce bruit insoutenable, je n’arrive pas à retenir ma chute me brisant alors des os qui me font lâcher un cri de souffrance. Je crois que je me suis cassé le bras gauche et quelques côtes. Mais je n’ai pas le temps de souffrir, une des nageoires du monstre tombe dans ma direction, déracinant au passage les arbres restant.

Exténuée par le combat, mes douleurs et ma course, je n’arrive qu’à me trainer dans la boue sous forme de Nekhò, crachant ma douleur intérieure.

La nageoire géante s’abat juste devant moi dans un terrible tremblement. Les derniers arbres s’écrasent autour de moi, sans pour autant me toucher.

Quelle chance ! Je n’en dirais pas autant de Prisca. Paix à son âme qui a failli me tuer.

Dans un élan de courage absurde, je me relève pour examiner les dégâts impressionnant. Mon bras gauche, devenu inutile, pend le long de mon corps salit et brisé de l’intérieur.

La forêt est complètement ravagée les arbres sont presque tous détruits dans le périmètre du monstre géant. Le souffle provoqué par ce dernier a fait pencher voire déraciner certains arbres impuissants. Pourtant, ce souffle je ne l’ai pas senti, peut-être que j’étais déjà plaquée au sol à ce moment et je ne pouvais pas être touchée par ce vent.

Dans un nouveau cri, le monstre se relève lentement puis s’envole dans une puissante et incroyable accélération qui me souffle comme une vulgaire plume. Je suis propulsée en arrière et mon dos craque au contact d’un arbre à moitié déraciné. En levant les yeux au ciel, je remarque un autre monstre poursuivre la bête noire. Un monstre dont l’odeur de pourriture me parvient jusque-là.

Ne cherchant pas pourquoi ces deux monstres se battent, j’essaie de lutter contre la mort qui régule mon cœur d’une façon étrange.

Achevée, complètement exténuée et fatiguée, je tombe à nouveau dans la boue et perd doucement connaissance.

 

Mes yeux s’ouvrent sur un visage familier. Je ne reconnais pas tout de suite mon ami.

« Ça va Lisa ? »

Je lui souris en guise de réponse, encore trop sonnée pour pouvoir parler.

Il m’aide à me mettre sur mes deux jambes et me sourit à son tour.

Le soleil commence sa descente aux enfers avec des nuages orangés, comme rougis de timidité envers la boule de feu. Je cesse ma contemplation et reviens à mon ami.

« Ça va, t’as bien dormis connard ? »

Etonné de ma question dure, il me regarde sans comprendre.

« Quand tu t’es évanouit lâchement des papillons très douloureux m’ont soignée, une folle m’a attaquée et volée puis blessée. Ensuite un monstre s’est abattu sur moi et ne t’as apparemment même pas touché. Tu ne t’es même pas réveillé pour m’aider, même pas après des hurlements dans tes oreilles tu préférais dormir plutôt que de me secourir, espèce de lâche. »

Je le pousse aussi fort que mon seul bras me le permets et me mets à chercher ma boîte. Vu que Prisca est lamentablement morte écrasée, je vais pouvoir récupérer mon bien.

Je sens une main sur mon épaule qui m’arrête.

« Excuse-moi.

- Pff. »

C’est si facile de s’excuser, comment pourrais-je savoir s’il le pense vraiment ou s’il ne me fait pas de comédie ?

« Va rejoindre ta Julia et lâche moi.

- Non, je préfère être avec toi. Julia me tape sur les nerfs. »

Je me mets à rire à gorge déployée ce qui réveille de nouvelles douleurs dans mon ventre. Alors ça fait même pas deux jours qu’ils sont ensembles et il songe déjà à la quittée ?!

« Gros nul. »

Mon immaturité le fait sourire puis je continue ma recherche sans m’occuper de lui.

Au loin, j’aperçois une toute petite lumière bleue. Je pense que c’est les papillons qui me cherchent comme des débiles, vu que je suis blessée. J’ordonne à Kînrò de rester là pour qu’il ne s’évanouisse pas encore et m’avance prudemment vers la boîte noire. Je suis prête à souffrir de nouveau, rien que pour récupérer la boîte.

Arrivée à quelques mètres, les papillons s’élancent sur moi à toute vitesse. Sauf qu’au moment où ils rappliquent, ils se mettent à tourner tout autour de moi. Impuissants face à mes blessures intérieurs, ils essaient de rentrer en moi et fonçant vers mes blessures mais rien n’y fait. Ils ne peuvent donc pas soignés des os brisés. Dommage, là, j’étais vraiment prête à souffrir pour ne plus avoir des douleurs dans le dos, le bras et les côtes ; c’est franchement trop atroce.

Au bout d’un moment, les papillons disparaissent et je peux récupérer la petite boîte tranquillement. M’attendant à voir une Prisca écrasée, je ne constate qu’un tas de feuilles et de branchages dans la boue. Où est-elle passée ?! La lumière que j’ai vue a-t-elle un rapport avec sa disparition ? Non, enfin ! C’est absurde !

« Comment a-t-elle pu disparaitre ?! »

Mon ami me rejoint en m’entendant parler toute seule. Il croit sûrement que je deviens folle, ce qui est le cas.

Prisca n’a pas pu s’envolée comme ça ! Enfin, si elle a des ailes, mais si elle ne s’est pas envolée dès le début c’est qu’il y a une raison. Peut-être avait-elle senti la présence de la bête et avait voulu fuir ? Pourtant le monstre est bien tombé sur elle, elle n’est pas assez rapide. Ou alors la bête légendaire a changé de direction au dernier moment, prenant Prisca au piège.

Je donne quand même quelques coups de pieds dans les tas de feuilles et vérifie sous les troncs d’arbres morts voir s’il n’y a vraiment personne.

Kînrò ne comprend pas ce que je fais, tant pis. Il n’avait qu’à être réveillé.

« Il va bientôt faire nuit, Lisa. Rentrons.

- T’es bien gentil, mais où est la sortie ? »

Il regarde autour de lui. Au loin, les arbres n’étant pas touchés par le monstre s’étende encore à plusieurs kilomètres. On n’a pas vraiment le choix, il faut marcher et chercher une sortie en espérant retomber sur notre village facilement.

Cette forêt est dangereuse et maudite, il faut absolument qu’on s’en aille.

 

Après plus d’une heure de marche, le soleil a complètement disparus. La nuit règne sur ce monde froid et inquiétant. Nous sommes décidément bien perdus et surtout affamés et assoiffés. Je crois qu’on va finir par s’entretuer pour se manger.

Mes douleurs musculaires se sont affaiblies mais la marche use mes jambes lourdes.

« Qu’est-ce que tu crois qu’il y a dans cette forêt ? »

Question stupide mais je préfère parler que de laisser un silence pesant nous tuer moralement.

« Des arbres. »

Quel idiot ! Je lui donne une petite frappe à l’arrière de la tête pour lui faire comprendre que je ne parlais pas de ça.

« Non, vraiment je ne sais pas. Tout ce que je sais c’est que cette forêt Interdite est la plus grande du pays et que c’est l’endroit le plus dangereux de par ses habitants effrayants.

- Très rassurant, souffle-je sur un air ironique.

- Pourtant on n’en a croisé aucun jusqu’ici.

- C’est vrai, dis-je dans un mensonge. »

Le monstre noir à six bras, c’était quoi ? Y’en a-t-il d’autres ici ?

« Une fois, ma mère m’a raconté une histoire sur cette forêt ; la dernière aventure de mon père. »

Son regard passionné se dirige vers les arbres l’entourant. Toutes histoires de son père le fascine, lui qu’il n’a pas connu. Kînrò est venu au monde quand son père mourrait. Apparemment, il est mort dans cette forêt si c’était sa dernière aventure.

Sa mère lui racontait énormément d’histoires au sujet de son père aventurier. C’était « un combattant, un dur à cuire, un homme courageux et fier de lui ».

Je regarde mon ami d’un air attristée. J’ai de la peine pour lui, il n’a jamais vu son père mais il l’aime quand même. Il ne le connait qu’à travers ses histoires.

« Mon père était parti avec cinq amis visiter cette forêt, prêt à braver tous les dangers pour rapporter une carte détaillée de ce coin de verdure. Il ne voulait que personne ne se perde et qu’elle devienne plus interdite. »

Je l’écoute, passionnée moi aussi par ces histoires.

« Il voulait également répertoriée toutes bêtes inconnues vivant ici pour savoir comment les tuer ou les apprivoiser. Il voulait toutes les observer pour ensuite faire un livre sur cette forêt luxuriante.

« Pendant plusieurs jours il marcha avec ses compagnons, traversant toute la forêt sud mais il n’a absolument rien trouvé. Il n’abandonnait pas pour autant, il savait que cette forêt regorgeait de créature en tout genre. Il est même resté plusieurs semaines dans cette forêt sans rien trouver. Il avait déjà fouillé de fond en comble toute la moitié sud mais il ne trouvait rien que des arbres et des oiseaux.

« Ses amis commençaient à désespérer mais pas mon père, il était convaincu qu’il y avait des bestioles dangereuses ici sinon nos ancêtres n’auraient pas interdit l’entrée de  cette forêt.

« C’est au bout de deux mois qu’il trouva la première créature dangereuse…

- Mais… ? Dis-je en le devinant à son ton devenant de plus en plus triste. »

Il s’arrête. Baisse la tête.

Pourquoi, Kînrò, me racontes-tu cette histoire si elle te fait du mal ?

« Dès que la bête l’a vu, elle s’est mise à lui courir après pour le manger. Reprend-il d’une voix sourde en recommençant à marcher. Il n’était pas seul. Des dizaines et des dizaines de monstres comme lui sont sortis de leur cachette pour sauter sur mon père… Un de ses amis a réussi à s’enfuir mais il n’a pas pu récupérer la moitié de carte déjà faite. Il est revenu au village agonisant, il donna alors les écrits de mon père à ma mère et mourut par une de ces bêtes qui l’avait suivis. Celle-ci a été tuée par des gardes juste après avoir déchiqueté ma mère. Je n’avais même pas deux mois. Je ne comprenais pas ce qu’il se passait. Ce sont mes parents adoptifs qui m’ont expliqués tout cela. Les écrits de mon père ont été brulés, il n’y avait pas grand-chose d’écrit dessus. Je les ai lu moi-même quand j’en étais capable. Sans la carte, ces écrits n’étaient rien alors je l’ai lancé dans les flammes. »

Etrange histoire. Pourquoi les villageois ne m’en ont jamais parlé ? Malgré tout, c’est assez triste de mourir comme ça.

« Et comment était cette bête qui a… tué… tes parents ?

- Je ne sais pas. »

Sa réponse est direct, trop direct. Comme si, en fait, il savait. Mais je n’insiste pas, son regard est bien trop triste pour que je le force à parler de ça.

L’ambiance est désormais plus lourde et insoutenable qu’avant. J’aurais peut-être mieux fait de me taire…

Soudain, les oreilles tigrées de Kînrò se dressent droites et intriguées sur sa tête.

« Qu’as-tu entendu ?

- De l’eau. »

Je me concentre pour essayer d’entendre la même chose que lui et découvre en marchant encore un peu une petite rivière ravissante. Sans hésiter, je saute en avant pour me désaltérée ; par chance, de nombreux poissons y réside et j’en profite pour en avaler quelque uns. Kînrò en fait de même puis, au moment où je lui souris, disparait dans une lumière éblouissante.

 

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